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Les 10-13 ans, ces clandestins du web social

Bien que légalement ils ne devraient pas y être, il n’est un secret pour personne que les moins de 13 ans ont investi les réseaux sociaux en mentant sur leur âge pour s’y inscrire : les 7-12 ans passent 6h10 connectés chaque semaine, un chiffre en hausse de 30 minutes par rapport à 2016 et 45 minutes par rapport à 2015 selon l’agence française Ipsos.

Très influente bien que clandestine, cette « génération tête baissée » fascine par ses usages des plateformes que l’agence parisienne Heaven décrypte dans son baromètre « Born Social ». Pour l’instant, aucune étude similaire n’a été proposée en Suisse. 

Qui sont les clandestins des réseaux sociaux ?

L’inscription sur les réseaux sociaux est déjà majoritaire dès 13 ans (62,3%) et incontournable à la fin du collège, à 85,4% d’inscrits.

Heaven note une stagnation du taux d’inscription entre 2016/2017, peut-être le signe que l’âge d’une certaine autonomie numérique ne peut baisser indéfiniment.

Les filles sont plus précoces : elles sont 67,9% âgées de 13 ans ou moins à utiliser les réseaux sociaux contre 56,6% pour les garçons.

Snapchat et Instagram en tête, réseaux d’apprentissage ludique des relations sociales en ligne

Le trio de tête des réseaux sur lesquels les collégiens sont le plus présents n’a pas changé par rapport à 2016.

Snapchat reste plébiscitée à 76,7% (+3 points vs 2016) pour la communication ludique entre amis. La pratique du test de l’amitié par les « fichas » qui consiste à envoyer des photos de soi peu flatteuses et éprouver ainsi la loyauté de ses amis (qui doivent garder le silence sur ces dossiers compromettants) est assez répandue.

Instagram est la plateforme généraliste des moins de 13 ans : publication de photos évidemment et communication de faits marquants (anniversaire, sortie entre amis) mais aussi messagerie directe et communication en groupe (échange de devoirs).

Pas étonnant donc que ces jeunes ne voient plus trop l’intérêt d’être sur Facebook qui fédère moins de la moitié des moins de 13 ans (47,6%) et tend à la baisse avec une forte décroissance du taux d’inscription en 6e (42.6% vs 26.6 d’inscris soit -16 points en un an). Le signe de la montée en puissance des « Facebook Nevers » ?

Musical.ly, une application particulièrement technique permettant de partager des vidéos autour du chant et de la danse, entre directement à la 4e position cette année avec près de 30% d’inscrits, dont 80% sont des filles.

Quant à Twitter, son usage est stable avec moins de 30% de collégiens d’inscrits. Perçu comme un vecteur d’expression critique mais également d’humour, le réseau bénéficie de la promotion qu’en font les émissions télé : les moins de 13 ans préfèrent alors utiliser le compte des parents pour répondre aux sondages auxquels ils sont sollicités plutôt que de s’inscrire.

Quelques verbatim sur les usages :

YouTube, la télé des petits

Etudiée à part des réseaux sociaux par Heaven, la plateforme vidéo de Google est plébiscitée par les collégiens. C’est tout simplement leur télé, celle avec laquelle ils ont grandi via la tablette des parents.

Les YouTubers ont développé de nombreux formats qui fédèrent les pré-ados, à l’instar des Challenges, qui comme son nom l’indique, consiste à relever un défi au regard de toute sa communauté. Parmi les plus connus :

  • Ice Bucket Challenge  : se faire arroser d’eau glacée
  • Water Yoga Challenge : réaliser des poses de yoga avec de l’eau dans la bouche
  • Cinnamon Challenge : manger de la cannelle en poudre
  • Jelly Belly Challenge qui se joue à deux. Les joueurs mangent un bonbon de la même couleur mais l’un d’eux tombera sur une saveur répugnante. Par exemple, pour le bonbon orange, c’est soit pêche, soit vomi.

Parmi les autres formats populaires :

  • Meet-up : une rencontre IRL entre le YouTuber et sa communauté
  • Tag : liste de questions ou de défis auxquels les YouTubers se soumettent, seul ou à plusieurs. Par exemple, le Boyfriend Tag ou Tag Dessin
  • Ask : même principe que le Tag, mais c’est le public qui est à l’origine des questions
  • Room Tour : le YouTuber présente sa chambre et raconte des anecdotes sur les objets qui la composent
  • Haul : présenter ses achats, son panier de course vegan ou ses fournitures scolaires
  • Prank : Le YouTuber fait croire un mensonge à un proche et film sa réaction
  • Chit Chat : le principe est d’avoir une conversation avec son audience. Mais le YouTuber étant seul face caméra, le Chit Chat est plutôt un monologue d’un YouTuber sur un épisode de sa vie ou sur ce qu’il pense d’un sujet
  • GRWM : le format « Get Ready With Me » (prépare-toi avec moi) souvent associé au Chit Chat car il permet de mettre un peu d’action dans la vidéo
  • ASMR (Autonomous Sensory Meridian Response) : l’idée est de créer des stimuli auditifs qui facilitent la relaxation en murmurant mais aussi tapotant, caressant, mettant en mouvement toutes sortes de matières. Les jeux de rôle sont souvent utilisés pour mettre en scène ces stimuli. Par exemple, une séance de maquillage ou jouer un vendeur dans une boutique.
  • Unboxing : le YouTuber déballe un colis reçu par une marque et en commente le contenu
  • Empties : présentation d’une série de produits que le YouTuber a consommé jusqu’au bout

Le rapport aux marques

Les 10-13 ans sont bien conscients que les YouTubers se font payer (en argent ou nature) pour présenter des produits mais loin de les rebuter, cela renforce au contraire leur fascination envers ceux qui ont réussi à se faire remarquer par une marque… avec l’espoir de devenir riches !

L’étude montre que les collégiens sont réfractaires à la publicité : 22% d’entre eux utilisent un adblocker mais aussi qu’ils distinguent mal les posts sponsorisés sur les réseaux sociaux (« il n’y a pas de pub sur Instagram » !) : cela pose question sur l’éthique à avoir envers ce public encore peu aguerri aux mécanismes du marketing.

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